Des hauts et dé bats....

Publié le par emy

Des hauts et dé bats....

Dans l'actualité de notre petit monde du Trail, il ne vous aura pas échappé ce week-end le tumulte autour de notre compatriote Jurassien sur la classique Américaine HardRock100 Endurance Run  qui s'est retrouvé disqualifié pour avoir effectué un ravitaillement hors zone, alors qu'il menait largement la course en tête et s'apprêtait à boucler le tour en moins de 24H!...

Je n'écris pas ce post pour tirer sur l'ambulance, je serais plutôt partisane de dire qu'il semble peu probable en effet d'une mauvaise intention de la part de notre petit frenchie, étant donné qu'il venait de ravitailler à Outray tout juste 2 miles plus tôt, et que ce même poste était accessible et autorisé à l'assistance...

Et d'ailleurs peu importe cet état de fait, bien que la sanction soit tout de même un peu disproportionnée, une pénalité de temps eut été sans doute plus appropriée mais bref, les règles sont les règles et ça, il n'y a pas à le discuter!

J'en viens à écrire cet article parce-que au coeur du débat, se pose en fait la question de l'assistance sur course. Ici, on voit que "trop d'aide tue l'aide"... 

Les organisateurs de courses ne cessent d'étoffer leur réglement, et d'allonger leur liste de matériel obligatoire d'année en année, tant et si bien que bientôt, on va finir par courir avec un 20Litres sur le dos!... 

Et ils ont raisons quelque part de vouloir se protéger! notre système actuel repose sur une responsabilité pénale de l'organisateur... Et les coureurs eux, se repose sur l'organisateur!... Cherchez l'erreur?! 

Aux US, moins compliqué: Tu viens, tu t'inscris, et globalement tu es responsable de toi même, ce qui fait que l'organisation ne porte pas cette lourde responsabilité qui complique les choses... ça ne les empêche absolument pas de très bien faire le Job, au contraire, ils regorgent de bénévoles, leur ravitaillements sont plus qu'agréables, avec des sièges pour s'asseoir, des tentes pour s'abriter du soleil, de grands buffets où l'on trouve du salé, du sucré, du chaud du froid, du consistant, du mou, tout ce que vous voulez et en quantité largement suffisante! On y trouve aussi de la glace et des éponges pour se refroidir! Il y a un staff médical qui scrute précieusement CHAQUE coureur qui passe, et le moindre signe anormal vous devrez passer entre les mains du doc pour un contrôle!  En tout cas, c'est le cas sur la Western States

La sécurité est scrupuleusement observée, et pour autant, les coureurs restent responsables d'eux même! Ce qui devrait être juste logique, normale, la base! Sur la Western States, point de matériel obligatoire! Pourtant il s'agit bien d'un 100 miles, qui part de 2000m pour atteindre une altitude max de 2700M, donc on a bien des conditions de montagnes au départ et pour plusieurs heures avant de commencer à traverser les Canyons, où là, les coureurs sont confrontées à des chaleurs extrêmes (>40°C)!...

Il est de la responsabilité des coureurs de savoir ce qu'ils doivent emporter! Ce n'est que du bon sens. L'équité? Celle de devoir tous gérer les mêmes conditions de terrain et climatiques. A chacun d'envisager SA gestion de course, celle qui lui semble le plus approprié par rapport à ses aptitudes (vitesses, autonomie), et par rapport à son expérience aussi.

Dans le cas de la Western States toujours, l'organisation offre les mêmes moyens pour tous aux ravitaillements, très peu de postes sont tolérés à l'assistance, mais en revanche ils mettent en place un système de DROP-Bag très efficace. Même quand on est devant et qu'on va vite, le Drop-Bag ( sac de changes) n'est pas un gênant:  

Un bénévole posté plusieurs mètres avant le ravitaillement  alerte un collègue chargé de la collecte des Drop-Bag sur le ravito que tel coureur, tel numéro arrive. ça lui permet de chercher le sac, et de le donner immédiatement au coureur lorsqu'il arrive. Aucune perte de temps. C'est assez génial. 

Des hauts et dé bats....

Personnellement, j'ai pris l'habitude de courir avec une assistance, simplement parce-que d'une part c'est autorisé, et que d'autre part, c'est une façon de partager ma course avec mes proches. Mais, je remarque aussi depuis quelque temps, que d'avoir trop de monde autour de soi n'est pas forcément un atout, au contraire, parfois une équipe de suiveurs mal organisée peut aussi contribuer à une mauvaise course... 

Et dans le cas de notre petit Frenchie, une équipe d'assistance mal renseignée sur le réglement, ça peut carrément vous coûter la course! ... Faute partagée me direz-vous,  car comme le dit la maxime : "nul n'est censé ignorer la loi " ...?

Je crois qu'une partie de la performance d'un coureur est liée à sa capacité à rester lucide, à s'auto-gérer, et à s'adapter aux situations (changement brutal de météo, terrain inhabituel neige, boue, etc...). D'ailleurs en Ultra c'est la combinaison de la gestion de course et des capacités physiques qui font clairement le résultat à la fin. 

Pour revenir à nos organisateurs Français, qui nous donnent de jolies listes infinies de matériel obligatoire: On ne peut pas leur reprocher de vouloir être trop prévenant, où simplement bien veillant. Tout à leur honneur au contraire. Mais, avouez qu'imposer de la crème solaire en cas de canicule, c'est peut être un peu too much quand même non? Parce-que dans ce cas, pourquoi ne pas imposer le masseur obligatoire en cas de jambes trop fatiguées, ou de grands froids qui tétanisent complètement les Quads? ... 

Je crois qu'il est primordial de redonner de la responsabilisation aux coureurs en général. L'organisateur n'est pas responsable si l'on a la couverture de survie dans notre sac, mais que l'on ne la sort pas, alors que l'on se retrouve coincé en altitude, de nuit, par grand froid, et vent tempétueux!! ... C'est juste de la lucidité, et du bon sens! 

Il nous est probablement tous arrivé de faire une fois l'erreur, d'avoir le matos dans le sac, et de ne pas le sortir, et de subir le froid de plein fouet... Pourquoi? je ne sais pas! sinon, je n'aurai pas fait l'erreur probablement! MAIS, quoi qu'il en soit, c'est bien la preuve que ce n'est pas une question de matériel obligatoire, on pourra toujours allonger la liste, tant que les coureurs n'auront pas la volonté, la lucidité, où le bon sens, de l'utiliser, il y aura potentiellement toujours des incidents.

Alors que faire? 

Interdire l'assistance sous prétexte "d'équité"? Je ne vois pas le rapport, de plus en plus de coureurs du peloton organisent leur assistance, et pour autant, ils ne vont pas plus vite. C'est juste plus agréable car ils partagent la course avec leur famille. 

En revanche, interdire l'Assistance extérieure pour "durcir" la course et rendre ses lettres de noblesses à la pratique du Trail et de l'Ultra, qui se veut être un sport "d'endurance", où l'endurance se définit ici comme " Aptitude à résister avec force et constance à une fatigue physique ou morale, à endurer une épreuve"... Considérant que l'assistance est une aide extérieure précieuse puisqu'elle fait intervenir des personnes que nous aimons le plus souvent, et qui nous apporte un énorme soutien moral... Qui de fait, interfère dans la capacité du coureur à trouver ses propres ressources internes pour faire preuve de volonté et de résistance morale... 

Pourquoi pas?! Il serait intéressant de voir l'incidence d'un tel modèle sur les coureurs élites. Il permettrait à coup sûr de rompre le débat sur le fait de savoir si une assistance personnelle est un facteur clé dans la performance globale d'une course. 

Ou au contraire, faut il laisser libre court à l'assistance "sauvage"? où bon semble au coureur, mais dans ce cas supprimer tous les ravitaillements de l'organisation? Considérant que le Trail est avant tout une pratique ou le maître mot est "Liberté"...

  Autoriser l'assistance hors Zone alors qu'il y aurait tout de même les ravitaillements de l'organisation me parait abusif. Difficile à contrôler par les commissaires, ingérable à grande échelle. Le problème des grosses courses en France c'est que elles regroupent plus de 2600 coureurs quand aux US ils n'en compte que 350 à 400 pour les plus grosses (HardRock100 et Western States)!!! ... 

Quid du "Matériel Obligatoire" alors? Que fais t'on de l'aspect "liberté" justement? Il est quand même bon de rappeler que pour courir, une simple paire de baskets, un short, et un t-shirt suffisent... Le reste n'est que du confort. Pour s'en convaincre il suffit d'être sur la ligne de départ de la Western States et de regarder comment partent les coureurs Américains à l'assaut de ce 100miles!... 

Je ne dis pas que le matériel obligatoire est inutile, on est d'accord que la sécurité est indispensable. Mais à chacun de définir ce dont il a besoin pour courir 170km en montagne, selon qu'il va y passer 20 heures et tout juste une nuit, ou plus de 40 heures et au moins 2 nuits!... Les besoins ne seront clairement pas les mêmes. 

Alors là, on ressort le prétexte "Equité" pour justifier que l'ensemble des coureurs doivent porter tout ce matériel alors qu'ils ne mettront pas le même temps à la fin... Bah du coup c'est plus vraiment équitable là?...

Bref, n'allez pas croire la légende urbaine qui consiste à imaginer que "les élites" ne seraient pas soumis aux même règles que tout le monde, et qu'ils auraient des pass droit pour voyager léger!! Les règles sont effectivement les mêmes pour tous, c'est bien pour ça qu'il y a des contrôles, et que le plus souvent ce sont les Elites justement qui se font contrôler. ;) 

Des hauts et dé bats....
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Des hauts et dé bats....
Des hauts et dé bats....
Des hauts et dé bats....

A part ça, ou "veux-je" en venir?! ...

D'une part dans une course il y a un réglement, avec des règles à respecter, elle définissent un cadre de contrôle et de sécurité notamment, de bonnes pratiques,  et elles s'appliquent à tous, ça c'est juste normal, c'est comme ça que fonctionne un évènement point barre. Il n'y a pas à le discuter ou alors, il suffit de ne pas s'inscrire si l'on n'est pas d'accord. 

D'autre part , il y a différentes façon de considérer la pratique du Trail et de l'ultra au niveau international actuellement. ça c'est un fait, ce n'est ni une opinion, ni une critique, juste un constat.

Les uns se veulent souple, et permettre de courir librement avec le moins de contraintes possibles sur le "cadre". Les US par exemple. Ils tolèrent en revanche le "pacer" en guise d'aide à la lucidité du coureur... 

Les autres se veulent plus pointilleux, et imposent du matériel à emporter, réduisent le nombre d'assistance autorisée possible sur des courses mythiques (alors qu'il y aurait de l'accessibilité par la route aux postes de ravitaillement pour permettre l'assistance... )

Il y a du bon et du moins bon dans les 2 méthodes, on peut considérer que le pacer est une aide extérieure importante dans la réussite d'une course, tout comme l'assistance en fait!... 

Pour avoir vécu un peu toutes les situations en course, semi-autonomie sans assistance comme sur le Tchimbé raid par exemple ou sur la Transvulcania, assistance sur les courses majeurs comme à la Réunion ou autour du Mont Blanc, avec un pacer comme à la Western States, sans assistance et en quasi autonomie complète comme sur les courses à étapes dans le désert, lors du G2G et du Marathon des sables, ce sont toujours des expériences intéressantes, où l'on constate que malgré l'aide extérieure, parfois, c'est compliqué quand même!... 

Alors aide extérieure ou pas, est-ce que ça change fondamentalement les choses? 

Etre organisateur, c'est compliqué. C'est encore une fois une grosse responsabilité, et la plus part du temps, c'est du bénévolat... On ne peut pas tirer sur l'organisation parce qu'elle essaye d'être équitable, et de faire respecter son réglement. Les décisions ne sont pas toujours simples à prendre. Lorsqu'il s'agit de mettre une pénalité ou de sanctionner un coureur, tout comme lorsqu'il s'agit d'interrompre la course pour des raisons de sécurité.

Avoir simplement conscience de tout cela permet de relativiser sa pratique, et de l'exercer dans une entière responsabilité. C'est un point important que de ne pas systématiquement se reposer sur l'organisation, ou son assistance ou sur une tierce personne pour mener à bonne fin sa course. 

J'ai appris, dans la douleur parfois, que si les choses ne se passent pas comme prévu, c'est d'abord, uniquement et surtout, de sa propre faute. On peut toujours rejeter les choses sur autrui, c'est plus simple, mais moins constructif. 

Se remettre en question dans le sport comme dans la vie, permet de voir différemment une situation qu'elle qu'elle soit, d'échec ou de réussite.

Cela nous permet de grandir, d'être acteur plutôt qu'observateur. Force de proposition plutôt que simple critique... 

Bel & doux été à vous! ;) 

emy

Publié dans Actualités, Trail

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